Sonate d'automne

Ingmar Bergman / Bruno Emsens

Prolongations du 6 au 16 novembre !

Bergman est l’homme de l’impossibilité de communiquer. Il fallait deux comédiennes très fortes pour porter ce combat sur scène. Jo Deseure en Charlotte hystérique et narcissique et Julie Duroisin formidable en Eva, la fille meurtrie, niée toute sa vie par sa mère, ne jouent pas ces rôles, elles les incarnent, elles sont ces femmes - Guy Duplat, La Libre Belgique

Jo Deseure incarne une Charlotte blessée, imbue d’elle-même et légère tout à la fois qui en font un personnage redoutable de désir et de caprices. Julie Duroisin est cette Eva à bout, revendicatrice qui se révèlera être un roc face à une mère beaucoup plus friable. Julie Duroisin s’affirme ici comme une actrice d’une étoffe dramatique impressionnante. Un magnifique hommage à l’éternel Bergman pour fêter le centième anniversaire de sa naissance - Palmina Di Meo, Demandez le programme

A l’invitation de sa fille Eva, Charlotte débarque avec armes et bagages dans la bourgade de Bindal, au fin fond de la Suède. Elles ne se sont plus vues depuis 7 ans. Il va falloir remettre les pendules à l’heure. Il y a eu la mort récente du vieux Leonardo, le compagnon de Charlotte mais aussi le drame de la noyade du jeune fils d’Eva et Viktor dans le puits du jardin.

Au fil de la soirée, les histoires se racontent et derrière elles la trajectoire de deux femmes liées par leur lien de sang : l’une, la mère, brillante pianiste à la carrière internationale, talentueuse, volontaire, directe et dominatrice. L’autre, la fille, effacée, incapable d’aimer, bien décidée à en découdre, à se faire reconnaître après l’abandon qu’elle estime avoir subi. Un troisième personnage veille dans la chambre du dessus, Helena, la petite sœur d’Eva, handicapée, incapable de s’exprimer, mais qui sent tout, perçoit tout, comprend tout. Et puis, il y a le seul homme de cette histoire, le mari d’Eva, narrateur et observateur impuissant, tant les mots lui manquent... 

Le combat s’engage : Eva plante sa sœur devant sa mère forcée de jouer la comédie maternelle. De son côté Charlotte donne une leçon de piano magistrale et humiliante à sa fille. La nuit tombe, les deux femmes revisitent leur passé, les concerts moins brillants, le retour de la mère au bercail, les angoisses de la fille de ne jamais être à la hauteur d’une telle mère : trop belle, trop douée, trop éloquente. Mais la sentence tombe, inexorable : tu es coupable ! De quoi ? Je ne sais pas, coupable ! Charlotte remonte la chaîne : elle ne se souvient pas du moindre contact physique avec ses parents. Bref, elle a fait comme elle a pu. Mais Eva sort sa dernière carte : Lena, sa maladie, c’est de sa faute... le chaos est total, on ne distingue plus le vrai du faux. Tout est perverti, incohérent, malade… Aux abords de ce champ de bataille, Héléna écoute et ressent…

 


Note d'intention

Bergman a accompagné mon adolescence dans un pensionnat de la région de Namur. J’ai aujourd’hui presque l’âge qu’il avait quand il a tourné Sonate d’automne, je me sens de plus en plus proche de lui.

J’ai été touché par les conflits intérieurs qu’il affrontait courageusement et qui l’emmenaient souvent dans une profonde noirceur. Aujourd’hui, j’y vois un homme à la recherche de lumière. Pas celle de la religion qui a bercé son enfance, pas celle de la raison qui éclaire bien peu ces choses-là, mais bien une autre lumière, plus intérieure, plus mystérieuse, plus essentielle.

Après l’adhésion aux idéologies, après la révélation de leur dangerosité, après l’introspection qui mène à d’autres désillusions, on peut parfois accéder à une forme de lucidité, une lucidité du rien en quelque sorte. C’est alors que commence pour certains cette quête de lumière. C’est un chemin que les hommes ont parcouru de tout temps, mais à partir d’un certain âge. C’est ce chemin qu’explore Sonate d’automne. C’est ce chemin qui m’intéresse.

Il y aura donc d’abord cette traversée du désert, sombre, dure, nécessaire entre la mère et la fille. Une nuit pendant laquelle les mots s’avèrent impuissants à communiquer quoi que ce soit d’essentiel. Je m’aperçois que tout est chaos dira Eva à sa mère. Chacun a alors recours à ce qu’il croit pouvoir le sauver : la musique pour Charlotte, Jésus pour Eva. Mais là aussi, on ne peut que constater que les souffrances persistent, que l’incompréhension est totale. Au milieu de ce vide désespérant, Héléna, la sœur handicapée d’Eva, incarne une autre voie, un ailleurs ou plutôt un ici et un maintenant

C’est autour de ce corps disloqué que je veux orchestrer cette histoire.

Bruno Emsens