Anne Sophie Sterck

En venir aux fleurs

Résidence plateau

Au cœur du projet « En venir aux fleurs », il y a un herbier. Cet herbier, je l’ai fait en répétant le même geste, chaque jour, pendant un an, celui de cueillir une fleur en me posant cette question enfantine : comment s’appelle-t- elle ?

Au fil des saisons, et quel que soit l’endroit où je me trouvais, j’ai cueilli des fleurs. J’ai cherché leur nom comme les mots nouveaux d’une langue qui m’était étrangère. J’apprenais à nommer ce qui pousse autour de moi dans les trottoirs, les murs, autour des gouttières ; à considérer ce qui, obstinément, prend vie dans les interstices. Et ce faisant, je me mettais en chemin vers l'histoire collective de notre relation avec les plantes.

Plonger mon regard dans les fleurs, ce n’était pas me tenir à l’abri du monde, me protéger de sa violence, au contraire. Apprendre à nommer les plantes, c’était les sortir de leur anonymat et de leur insignifiance.

« Reste sage comme une image », « Sois belle et tais-toi », voilà les injonctions avec lesquelles j'ai grandi. Les plantes non plus ne bougent pas. Immobiles, elles se taisent. Et pourtant, avec elles, j'ai envie de parler.

Ce serait « l’histoire d’une alliance entre des fleurs et une femme qui, ensemble, par la force de la peinture, s’extraient de l’inoffensivité à laquelle elles avaient été assignées ». Je voudrais faire mienne cette phrase d'Estelle Zhong Mengual à propos des tableaux de Georgia O'Keeffe.

Avec P.E.T.A.L.E.S., je voudrais inviter le public à chausser une loupe de botaniste pour voir en grand ce qui pousse à nos pieds. Qu’y-a-t-il à voir dans ce que nous avons perdu l’habitude de regarder ? Y aurait-il chez les plantes de quoi nourrir nos imaginaires et forger une riposte à la noirceur du monde dans lequel nous sommes pris ? Derriè re le cliché de jolis petits ê tres inoffensifs, les plantes pourraient- elles se montrer de redoutables alliées pour une nécessaire révolte ?