Trois obsédé.e.s.x.
Enfin, trois personnes avec des obsessions.
Il y a Pierrick, entourée de ses héroïnes, devant son ordinateur.
Pierrick, tendre, doux, et pourtant obsédé par la vengeance.
Il y a Laurence, à la tribune, qui démonte la mécanique des insultes. Laurence, la riposteuse, celle qui cite ses sources : des philosophes, des poétesses, des écrivaines, des artistes, des militantes, des mères, des sœurs, des Tatas, etc
Et puis il y a Camille, les pieds dans la boue, qui tente de jouer avec les insultes qui l’ont désignée, qui aimerait rire de la honte et retourner le stigmate, transmuer les crachats en paillettes, bref que la honte se transforme en orgueil.
Mais il ne suffit pas de se réapproprier le crachat pour que sa force blessante disparaisse à tout jamais.
Trois personnes. Trois espaces. Trois manières d’appréhender le monde.
Et peu à peu, leurs espaces se contaminent comme leurs collections.
Ensemble, ils fabriquent une sorte de mythologie ordurière : un monde peuplé de bêtes, de saintes- nitouches, de monstres, de souvenirs d’enfance, de paillettes,... Un monde où l’on peut passer de Didier Eribon à Sailor Moon sans demander la permission. Où une truie peut devenir une déesse, où le mauvais goût peut devenir une stratégie. Parce qu’au commencement, il y a l’insulte. C’est ça qui les réunit : gouine, déviante, pédé, nympho, mal baisée, monstre…
Des mots qui classent, qui sexualisent. Cochonne. Chienne. Vache. Cougar.
Et si l’animal devenait non plus ce qui nous éloigne de l’humain, mais ce qui nous permet d’y revenir ?
Du crachat aux paillettes, il ne s’agit peut-être pas de devenir propres.
Il s’agit peut être de devenir magnifiquement sales.