Dans la campagne bretonne, les fontaines et lavoirs, aménagés au bord des ruisseaux ou autour des sources, sont innombrables. Pendant des siècles, ces petits bassins de pierre furent des espaces de travail, de conversations, de confidences et de chants, fréquentés uniquement par les femmes qui venaient y laver du linge. Aujourd’hui, la plupart de ces lavoirs sont délaissés par les humaines, et
deviennent des espaces de vie sauvage à l’écart des bourgs. Je veux réinvestir les lavoirs des villages comme des lieux de parole pour les personnes sexisées.
Je documente, j'écoute et j'imagine les vécus et les histoires qui ont été déposés autrefois dans ces eaux. Je m’appuie sur les récits qu’on me transmet, ainsi que sur la légende de la kannerez noz, la chanteuse de la nuit en breton, un fantôme de lavandière qui tourmente les hommes la nuit en bord de rivière, pour imaginer les personnages d’Anna, de Suzanne, de Nol, de Gisèle, de Marie-Joséphine, de Bleuenn, de Félicie. J’écris leurs histoires, leurs costumes et leurs linceuls, leurs comptines, leurs corps puissants, leurs initiales brodées sur les draps, et leurs malédictions et châtiments. Ensemble nous plongerons les draps dans l’eau en chantant et en bavardant. Au coucher du soleil, nous veillerons jusqu’à l’apparition de la kannerez noz.